Il ne fait pas bon être précurseur. Même pour un chercheur, censé trouver du nouveau. Non, les hommes aiment les pensées à la mode, recasser les mêmes dogmes, et même les organismes de recherche, c’est un comble, emboitent ce pas.

Voici deux histoires récentes dont les anciens de la biologie doivent se souvenir encore.

Jacques Benoit (1896-1982) était un biologiste français spécialisé en endocrinologie animale. En 1957, Il modifie certains caractères morphologiques chez des canards par injection d’ADN provenant d’une autres espèce de canard.

A cette époque, le code génétique (découvert en 1953) n’avait pas encore bien pénétré certains cerveaux et ses conséquence n’avaient pas été comprises, car la transmission via l’ADN décrite par le Professeur J.Benoit souleva l’indignation et de nombreux ricanements dont le pauvre souffrit profondément. J’étais tout novice, à cette époque quant aux mœurs des scientifiques, et fus d’autant plus choquée qu’à cette époque j’eus l’occasion de rencontrer plusieurs fois le Dr J.Benoît. Ce n’était pas encore la grande mode de l’ADN….

Vingt ans plus tard, l’histoire se répète mais les données ont changé : la mode est au tout ADN et il n’est pas question d’y échapper. Il s’agit cette fois d’un scientifique américain/chinois le Professeur M.C. Niu. Celui-ci obtient des altérations morphologiques des nageoires de carpes suite à l’introduction dans les œufs de ce poisson d’ARN provenant d’autres espèces de carpes.

Impossible !! clame à nouveau la communauté scientifique  qui critique méchamment le Prof Niu. Seul maintenant l’ADN à la mode peut faire cela !

Puis, Beljanski et Niu montrèrent que les œufs de poisson possèdent une enzyme (la réverse transcriptase) capable de transcrire l’ARN en ADN, ce qui expliquait le phénomène (1). Ils eurent quand même beaucoup de mal à publier, des obstacles anonymes étant toujours disposés sur leur chemin.

Aujourd’hui on sait que l’ADN et l’ARN aussi peuvent transmettre des caractères héréditaires.

Mais quels combats contre l’intolérance, l’obscurantisme et le prêt à penser scientifique ! Que de retard, d’injustice, de souffrances inutiles on laisse, génération après génération, les idées toutes faites et sclérosées fleurir dans un domaine ou par définition même l’innovation devrait être protégée.

 

(1) BELJANSKI, L.C. NIU, M.S. BELJANSKI, S. YAN, M.C. NIU, “Iron stimulated RNA-dependent DNA polymerase Activity from goldfish eggs”. Cellular and Molecular Biology, 34, 1988, pp. 17-25.

Les plaisirs de l’innovation

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